La fuite en avant

Bonjour !

Dans la même lignée que le précédent article, j'aimerais continuer dans la limite du possible une petite réflexion sur la pratique de la guitare et plus généralement de la musique, des objectifs et de notre vision moderne de la performance.

La société libérale où nous vivons prône implicitement la compétition des individus et des plaisirs mais est-ce réellement compatible avec la pratique d'un loisir voire même d'un art ?

Nous nous fixons des objectifs à atteindre dans un temps imparti qui donnera lieu à un jugement de notre part : une réussite ou un échec (et quelques nuances).
Et de là commence la perte du plaisir de jeu : "Je suis nul, je n'y arrive pas alors que X ou Y arrivent à le faire sans problème". Le problème n'est pas en l'objectif (ou pas totalement) mais plutôt la comparaison dans ce cas là, la comparaison mal jaugée.
Cela dit, on trouvera toujours quelqu'un de meilleur que soi-même, nous serons toujours le nul d'un autre. Dans cette optique comment parvenir à ne pas se décourage face aux résultats d’objectifs fixés ?
Personnellement je me fixe des objectifs à moyen et long-terme c'est à dire entre 6 mois et 2 ans, quelque fois à 5 ans pour des notions ou techniques complexes. C'est tout de suite moins stressant et implicitement j'accepte que les choses prennent du temps : la musique est avant tout un long apprentissage qui promet plus de difficultés que de facilités, il faut un temps considérable avant de bien réaliser quelque chose (un morceau, une technique, appliquer une notion voire la comprendre).

Mais tout cela n'est qu'un sparadrap apposé sur une vérité bien plus criante, la quête d'objectifs n'est qu'une fuite en avant vers de plus amères déceptions. La capacité de déni est forte chez l'être humain et c'est parfois bien, parfois mal.
Il ne reste qu'une seule solution pour éviter cette fuite en avant : Aimer jouer de la musique pour ce qu'elle vous procure indépendamment du monde extérieur.

Jouez parce que vous aimez ça. Si vous n'aimez plus jouer, arrêtez. Rien n'est grave dans l'abandon momentané voire définitif.

J'aime chaque moment de jeu, de travail, etc, même quand la douleur est là (je suis de ceux qui vont à la douleur, je sais, c'est mal !) et même quand la frustration arrive. La passion diminue lentement mais la sensation physique reste, jouer de la guitare est pour moi un plaisir quelque soit mes objectifs ratés.
Suis-je bon ? Probablement pas et je m'en fous complétement.